IPv6 : la pénurie artificiellement accélérée d'IPv4 n'est pas la solution
Il y a quelques jours, en réponse à l'actuel tabac médiatique autour de la prochaine "extinction" des adresses IPv4 (non, on parle bien d'IP, il ne s'agit pas de dinosaures) que certains n'hésitent pas à qualifier d'IPcalypse, j'écrivais sur mon blog un article intitulé "Pénurie d’adresses IP : beaucoup de bruit pour pas grand chose".
J'exprimais au sein de ce post tout d'abord mon agacement envers les médias et autres institutions adeptes du catastrophisme (les mêmes qui nous avaient servis le bug de l'an 2000 comme la fin du monde numérique), en expliquant que, contrairement à ce que tout le monde annonce, une grosse partie des adresses IPv4 est actuellement inutilisée.
J'émettais également au sein de ce post quelques critiques, ponctuées du soupçon de mauvaise foi que ton bon polémiste possède, au sujet d'IPv6, notamment au sujet de son format peu lisible et inadapté aux processus habituels d'acquisition des données de la mémoire (plus habituée à retenir des séquences numériques tels que numéros de téléphones, codes pin, codes de carte bancaire, etc...).
Ce post a immédiatement provoqué, comme je l'espérais beaucoup de commentaires de la part des uns et des autres, pro IPv6, anti IPv6, ou ignorants, cette petite joute verbale ayant eu lieu sur mon blog, ainsi que sur différents réseaux sociaux, forums, listes de diffusion et emails privés fut particulièrement instructive en ce qui me concerne, et à permis d'arriver exactement là où je le pensais : pour réussir à convaincre les décideurs de passer le plus rapidement possible à IPv6, sur-communiquer sur la pénurie d'IPv4 et jouer la carte de la peur est une erreur.
IPv6 est un échec total, non pas en terme de technique ou d'implémentation, mais avant tout en terme de communication auprès du grand public, au sens large du terme. Car ceux qui peuvent vraiment donner l'impulsion sont avant tout... les décideurs. Or le déploiement d'IPv6 est en retard d'un niveau bien en deçà de toutes les prévisions établies lors de la sortie du protocole. A ce sujet, on peut également consulter le post à l'origine de ce même article : IPv6 : (sur)communiquer sur la pénurie d'IPv4 est une erreur.
En ce qui me concerne, cette erreur vient principalement du fait, qu'au lieu de mettre en avant les réels avantages d'IPv6, qui visiblement sont peu connus, y compris de ceux qui prennent si facilement parti pour ce protocole, nous nous sommes tous concentrés sur un seul facteur, le facteur de la peur : "il faut passer à IPv6 car bientôt il n'y aura plus d'IPv4 disponible". Outre le fait que le "bientôt" est assez vague et largement exagéré, notamment par les médias qui s'en donnent à coeur joie (chic un nouveau risque d'apocalypse numérique !), jouer la carte de la peur provoque immanquablement la même réaction chez les décideurs : jouer la carte du bouclier : on se protège, et on attends de voir ce que vont faire les autres. Avec ce type de raisonnement, la migration prendra encore au moins 10... ou 15 ans... et ne se produira peut être jamais pour d'autres (rassurez vous, les solutions tournant avec de la ficelle et du savon permettant de continuer à conserver un réseau IPv4, tout en se connectant en IPv6 sont prêtes à sortir de chez une bonne trentaine d'éditeurs qui n'attendent que ça).
Or pour convaincre "les autres" de passer à IPv6, montrer le bon exemple ne suffit pas : il faut expliquer les réels avantages apportés par cette migration, et, au delà du coût de cette dernière, le gain de productivité, ou de sécurité par exemple pouvant être obtenu. Arrivé au terme de cette longue réflexion, j'ai proposé une idée simple : faire une liste des principaux avantages d’IPv6 dans un langage compréhensible par le décideur moyen, afin d'assurer une promotion saine et non basée sur la peur du développement d'IPv6... Autre chose : que les défenseurs d'IPv6 s'informent mieux sur leur cause : le résultat de mon analyse est que nombre d'entre eux ne connaissent comme seule caractéristique du protocole que le format des adresses ainsi que leur nombre... On est pas sorti de l'auberge.. A suivre...
Christophe Casalegno
http://twitter.com/Brain_0verride
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